CHANSONS DE PAROLE 2011
JOFROI créait son nouveau spectacle « Cabiac sur terre », dimanche soir à Barjac. Enthousiasme unanime du public de la chanson.
Il ose l’intime et les convictions
Cabiac sur terre plante le décor « Un coin perdu et suspendu comme un secret entre garrigues et forêt ». C’est là que Jofroi nous invite pour son nouveau spectacle dont il faisait la création dimanche soir à Barjac. Un nouveau récital qu’accompagne la sortie d’un nouvel album.
Trois mots viennent à l’esprit au sortir de ce spectacle : maturité, équilibre, sérénité. Une assise sûre et tranquille qui lui permet d’explorer avec bonheur des univers musicaux nouveaux. On sent l’homme en accord avec lui-même qui n’a plus rien à prouver et qui donc peut oser sans provoquer. Il ose l’intime et les convictions. Non qu’il ne l’ait jamais fait jusqu’ici, mais avec Cabiac sur terre (l’album et le spectacle) les contours de l’homme, ses paysages intérieurs se dessinent plus précisément.
Il nous raconte où il vit, nous parle de sa mère, de son enfance, offre une sensuelle Ode aux amoureux « Je ne peux pas penser / Que ce soit insensé / Tes rondeurs dans mes mains / Ma bouche bâillonnée / A ton ventre vivant / Et tes seins mordillant / Jusqu’au bout de mes doigts / Et moi comme un enfant… »
Un avis général dans le public, que nous partageons, c’est le meilleur qu’il ait jamais donné.
Mais l’homme que Jofroi nous présente aujourd’hui ne se contente pas de caresser de belles pensées dans son jardin loin du monde. Il est capable aussi de se dresser et de s’avancer en première ligne de la fronde des hommes qui luttent face aux errances d’un monde qui marche sur la tête.
On peut comprendre dans cette franche clarté des idées affichées que l’urgence et la gravité de la situation dans laquelle nous vivons n’admettent plus la réserve. Il est dans cette dynamique, à l’amble des collectifs anti-gaz-de-schiste qu’il soutient, qui dit « basta, maintenant faut y aller ».
Les sans-papiers que l’on reconduit aux frontières, tous ces gens massacrés au nom de dieu, les vaches folles, les grippes aviaires, les pétroliers vidant leurs soutes, les arbres, les forêts qui brûlent, les banquiers qui se congratulent et les banquises en banqueroutes, les va t’en guerre, les bains de sang… A tout cela, comme Paco Ibañez, Jofroi dit non.
Il dit ses idées avec des mots clairs et de belles mélodies. Tout ce qu’il faut pour faire de belles chansons.
Isabelle Jouve – La Marseillaise – 1er août 2011
photo:Ghislain Debailleul